La première rencontre avec l’Inde.

C’était il y a 32 ans, déjà!
Il est deux heures trente du matin lorsque je débarque de l’avion d’Air India. Je respire à plein poumon ma première bouffée d’air indien. Elle avait une odeur et une texture indescriptibles. Nous sommes en pleine mousson. Il y a cette humidité qui surprend, ce grouillement de personnes comme au ralenti. Je suis dans un tout autre monde. Un monde d’un autre âge. Je me sens bien et je suis ému par cette découverte, par ce premier regard que je pose sur cette autre réalité. Rien à voir avec la société nord-américaine d’où je viens.
Je me rends dans un petit quartier de la Nouvelle-Delhi. Je m’enregistre à la Guest-House, mon premier hôtel indien.

Je dépose mon sac dans ma chambre et je m’empresse de ressortir pour explorer les rues et les gens de cette ville fascinante. Je marche seul jusqu’au lever du soleil. À ce moment là, avant même d’avoir passé 24 heures en Inde, je sais que je vais revenir dans ce pays.

Ma destination pour ce tout premier voyage est le Ladakh et je m’y rends en passant par le Cachemire. Je m’aventure sur la route tortueuse et dangereuse de Srinagar à Leh, une route ouverte aux voyageurs que depuis huit ans. Pour la toute

première fois, je découvre la majesté de l’Himalaya, la beauté des grands monastères bouddhiques et le sourire rayonnant du peuple tibétain. C’est près de Choklamsar, à dix kilomètres de la capitale Leh, que je fais la rencontre d’un maître tibétain du nom

yongdzin-rinpochede Yongdzin Rinpoche. Nos conversations me mènent sur le chemin de Dharamsala où vit le Dalaï Lama entouré de milliers de ses compatriotes qui ont fuit la répression chinoise.

Voilà, c’est le début de mon histoire d’amour avec l’Inde. Une rencontre marquante avec le peuple indien et hindou, puis avec le monde musulman du Cachemire et l’univers bouddhique tibétain du Ladakh.

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Route himalayenne du Ladakh
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Monastère de Lamayuru au Ladakh
Le besoin de témoigner – parcours d’un cinéaste.

Ce besoin de témoigner et de communiquer s’est imposé alors que je marchais en solitaire dans l’Himalaya. Au cours de ce voyage initiatique, je découvrais l’essence de la philosophie hindoue. J’avais rencontré un maître soufi à Srinagar et pour l’heure, j’avais un maître tibétain qui m’initiait à la sagesse tantrique du Bouddha. Je désirais revenir dans ce pays pour réaliser des films, afin de transmettre et de faire connaître l’essence de cette sagesse omniprésente et ce, tout courant spirituel confondu.
Revenu au Québec, j’ai entrepris des études en Religiologie (sciences des religions) à l’Université du Québec à Montréal (Uqam). Ces études se distinguent beaucoup de la théologie. L’objet d’étude est le « sacré » et l’expression que l’homme en donne à travers les divers langages qu’il utilise pour l’exprimer : mythes, symboles, rites. Des cours sur les grandes traditions religieuses de l’humanité étaient aussi offerts ainsi qu’un volet en communication. Mon premier projet a été celui d’aller filmer la Kumbha Mela en Inde. La Kumbha Mela, plus grand rassemblement humain sur la planète, est un temps où les sadhus (ascètes), les pèlerins et les dévots viennent de partout en Inde pour commémorer cet événement. Ils croient que durant cette période de la Kumbha Mela, l’eau du fleuve sacré se transforme en nectar d’immortalité. En se baignant dans cette eau, ils purifient leur corps et leur âme et échappent au cycle des renaissances pour finalement atteindre l’illumination.

Ce projet ambitieux, de film, au niveau du bac, a tout de même reçu l’aval de mes professeurs et du directeur de département. Le projet est devenu si intéressant, que deux producteurs privés ainsi que Radio-Canada et Téléfilm Canada m’ont permis de le réaliser. Je me suis retrouvé en Inde avec une équipe de sept personnes. C’est ainsi que « Sadhana » a été tourné. Je pouvais par ce premier film commencer à transmettre certaines valeurs de la sagesse orientale.

Avant la sortie du film au Québec et en Amérique du Nord, je suis retourné en Inde où j’ai pu obtenir une audience privée avec le Dalaï Lama dans sa demeure de Dharamsala. Dans mon parcours indien, cette rencontre fut une expérience inoubliable. J’étais là en face du Dalaï Lama qui, en tout simplicité, me demanda : « What can i do for you? ». Je lui ai dit combien je me passionnais pour la culture tibétaine et le bouddhisme tibétain. Combien j’étais reconnaissant d’accéder à cette culture unique. Je lui ai demandé de m’appuyer dans ma démarche de cinéaste pour faire connaître les fondements de cette spiritualité. Il me regarda avec un large sourire et s’approcha de moi. Puis, il me donna une tape amicale sur l’épaule en me disant : « Very good idea! » puis se tourna vers son secrétaire, Geyshe Tethong, pour qu’il me donne des lettres de soutien pour ce projet. C’est ainsi que le film « Mémoires d’une autre vie » a été réalisé quelques années plus tard.

Puis, il y a eu un intermède dans ce parcours de cinéaste de l’Inde et du Tibet. J’ai eu la chance de tourner un film sur la crise amérindienne à Oka « Up the Hill : Kanesatake ». Au-delà du conflit entre les « Warriors », la Sûreté du Québec et l’armée canadienne, je me suis intéressé à la dimension plus humaine de ce conflit. Lorsqu’une femme Mohawk, retenant ses larmes, raconta à la caméra : « I’m not an American citizen, I’m not a Canadian citizen! I’m a part of a circle, I’m a part of the Universe! And I know that people don’t understand this. They don’t believe it! »… Cette séquence seule justifiait toute la pertinence de ce documentaire.

Les films suivants ont retrouvé le chemin des pèlerinages himalayens avec « Kailash », tourné au Tibet et « Amarnath », tourné en Inde.

 

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Marcel en compagnie de Swami Shyam lors du tournage de
Sadhana en Inde
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Rassemblement de sadhus lors de la Kumbha Mela
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Marcel lors du tournage du film Sadhana en Inde. Il se baigne
dans le Gange en compagnie du sadhu Bhairav Muni lors de la
Kumbha Mela de Haridwar
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Marcel en compagnie de Tenzin Sherab lors du tournage de
Mémoires d’une autre vie en Inde
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Marcel en compagnie de Tenzin Sherab et de moines tibétains
de Sera Jhe à Bylakuppe en Inde
Le besoin de partager – le parcours d’un guide.

En 1995, le directeur des opérations du Club Aventure Voyages au Québec m’a approché pour que je guide un groupe de 12 Québécois au Tibet. À cette époque, je venais tout juste de terminer le film « Mémoires d’une autre vie », j’étais disponible et prêt à relever ce nouveau défi. Je connaissais les Tibétains en exil en Inde et ceux rencontrés au Ladakh et au Népal mais je n’avais pas encore mis les pieds au Tibet même. En outre, grâce aux nombreux contacts que j’avais au sein de la communauté tibétaine, j’ai pu ouvrir des portes intéressantes et faire vivre des moments uniques à ce groupe de voyageurs. Cette expérience m’a beaucoup plu et depuis, les occasions se sont multipliées Je suis guide pour les voyages au Tibet, au Népal, en Inde et au Sri Lanka. C’est une partie de ma vie. Maintenant, je signe les circuits que je guide en Inde mais toujours dans le respect de la tradition de voyage mise de l’avant par le Club Aventure. Signer un circuit, c’est un travail d’auteur au même titre que d’écrire un livre ou réaliser un film. Ce sont nos connaissances, nos expériences sur le terrain et les gens que l’on connaît qui permettent de faire découvrir ce pays d’une manière unique.
Ce que j’aime dans ce travail c’est d’être présent au moment où le voyageur mets les pieds pour la toute

première fois en Inde. C’est toujours un choc pour qui que ce soit. Mon expérience me permet de minimiser ce choc. Au cours des 24 jours d’un circuit, je suis en mesure d’initier progressivement, le voyageur à l’essentiel de ce que l’Inde offre. Il y a tant de diversité à l’intérieur du sous-continent indien, tant de choses à découvrir. Tout ce que nous pouvons imaginer et concevoir de plus grand et de plus beau, l’Inde nous l’offre mais elle nous révèle aussi son contraire. Les contrastes sont forts et parfois violents. L’Inde ne laisse personne indifférent. Dans un endroit comme Varanasi (Bénarès), situé dans les plaines gangétiques sur le bord du fleuve sacré, le Gange, nous sommes en contact avec des traditions plusieurs fois millénaires. Un monde où la religion s’exprime à travers de multiples rituels haut en couleur. On côtoie les sadhus (ascètes – renonçants) qui dédient entièrement leur vie aux différents yogas et à la recherche de l’Absolu. À Agra, tout près de la capitale indienne, Delhi, il y a cette fascination qu’exerce sur nous la magnificience du Taj Mahal et l’histoire des Empereurs Moghols. Au Rajasthan, nous baignons dans l’ambiance du conte des mille et une nuits au coeur des cités, forteresses et palais des Maharajas. Après une balade à dos de dromadaire dans le désert de Thar, on dort à la belle étoile dans ce décor saisissant de dunes de sable sculptées par le vent. À

Koleadeo, près de Bharatpur, nous nous promenons en vélo dans une superbe réserve ornithologique. Tout au long du périple, en filigrane, on ressent la dimension spirituelle propre à l’Inde. Sans que ce soit le thème central de ces voyages, on ne peut pas vraiment y échapper car l’Inde est très certainement le pays le plus spirituel et le plus religieux de la planète. Les voyageurs sont toujours reconnaissants de vivre une expérience dans un ashram authentique ou en compagnie d’un maître tibétain dans un petit ermitage en montagne. À trois reprises, au cours de mes voyages, j’ai eu l’occasion d’obtenir pour mes groupes une audience privée avec le XVIIe Karmapa, Ogyen Trinley Dordjé, une des plus grandes autorités spirituelles du Tibet qui vit présentement en Inde. Bien que la plupart des gens ne savent pas qui est le Karmapa, l’impact de cette rencontre laisse chez ces gens une empreinte indélébile.

Pour moi, être chef d’expédition en Inde ou au Tibet, c’est inviter les gens à découvrir, vivre et partager une grande aventure culturelle, spirituelle et humaine.

 

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Le plus grand Allié que j’ai eu au cours des dix dernières
années en Inde, mon fils, Jérémi Poulin
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Marcel avec un Naga du monde tribal de l’Inde dans le
Nagaland
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Julie Shaffer et Mario Maccabée au monastère de Lamayuru au Ladakh
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Marc Lapointe au monastère de Schechen à Bodhanath au
Népal
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Jean-Marie Lapointe en compagnie de Dilgo Khyentse Yangtse
Rinpoche au monastère de Shechen au Népal
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Marcel avec une famille népalaise à Dhulikel
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Sylvie Ouellet et Nancy Fournier entourées de plusieurs
familles indiennes
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Renée Paquet photographiant des langurs à Pushkar
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Gabriel Ames-Bull au Rajasthan
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Marie-Josée Martin avec Sundar Baba à Varanasi
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Jérémi Poulin avec Guillaume André et Marie Jodoin au parc
de Kaziranga dans l’Assam
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Jennifer Ann Weir avec un sadhu à Varanasi
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Jérémi au coeur d’un village du Sud de l’Inde
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Gabrielle Poulin se faisant bénir par un éléphant au temple de
Tanjore
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Maxime Poulin et la sculpture du dieu Shiva
Indiamylove – une initiation permanente.

Au terme de ces 32 ans d’expérience en Inde est né ce nouveau projet « Indiamylove ». Une initiation permanente? Sachant que tout est impermanent, je dirais qu’il y a un fil conducteur dans ma démarche personnelle. Pour moi, les objectifs de ce projet sont les mêmes… communiquer, transmettre ce que des gens vivent et ressentent au contact de l’Inde. Les moyens technologiques actuels nous permettent de réaliser des choses encore impensables il y a une vingtaine d’années.

Pour produire un documentaire et pour le diffuser, il n’y a plus les contraintes liées à la programmation des télédiffuseurs. Avec peu de moyens, on peut produire des films qui seront diffusés via Internet ou prendre le chemin des festivals. Cette liberté est au coeur du projet Indiamylove. Nous sommes actuellement un petit groupe de personnes à y travailler et nous y croyons beaucoup. Nous souhaitons pouvoir transmettre, avec le concours des gens que nous croiserons sur notre chemin

en Inde, des messages qui nourriront le cheminement personnel de chacun. Que se soit via le blogue, les projets d’aide humanitaire, les films, les photos et les voyages, l’objectif sera toujours le même : développer la « Voie du Coeur ».

 

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Marcel en compagnie de la chamane du Ladakh, Ayu Lhamo
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Marcel avec ses amis tibétains Pema Choedon et Tsewang Gyatso en présence de Orgyen Trinley
Dorje, le 17ième Karmapa